Les couleurs en nous

 

 

« Les parfums, les couleurs et les sons se répondent

   Dans une ténébreuse et profonde unité. »

   Charles Baudelaire. Correspondances

 

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La couleur est partout, pour ceux qui sont voyants, c’est une évidence. Mais c’est aussi un évidence pour les non-voyants. Nous pouvons percevoir les couleurs avec nos yeux intérieurs.

La lumière et les ténèbres forment la grande polarité cosmique d’où jaillit les forces créatrices primordiales de la couleur. Dés que la lumière cosmique rayonne dans les ténèbres cosmiques, il se produit un mouvement impressionnant dans l’espace qui est le fondement de toutes les couleurs, l’origine même de la couleur qui vient au monde grâce à ce processus.

Les ondes lumineuses , en elles-mêmes, sont incolores. La couleur nait seulement dans notre œil et dans notre cerveau. La couleur est une onde, une vibration. Chaque couleur vibre d’une énergie particulière qui lui est propre, avec sa personnalité qui lui est propre.

Baudelaire dans son poème « Correspondance » compare la douceur des hautbois à celle du vert des prairies. D’autres poètes visionnaires tels que William Blake, Henri Michaud ou Arthur Rimbaud ont exprimé des perceptions synesthésiques. La synesthésie est un phénomène perceptif réel. Les sens toucher, goût, audition, vision et odorat sont « mélangés » au lieu de rester séparés. Des personnes non voyantes ont fait état de ce degré de perception et ont témoigné de ce qu’elles voyaient sans les yeux.  Jacques Lusseyran pour qui la lumière, ses rayonnements, les couleurs étaient en lui, sans effort. Il relate dans son livre «La lumière dans les ténèbres»: « Les yeux font les couleurs. Bien sur, pas les yeux physiques(…) Ceux dont je veux vous parler, les vrais yeux, travaillent au dedans de nous (…) Voir c’est un mouvement de la vie fait en nous avant les objets, avant toute détermination extérieure (…) C’est au dedans que vous voyez. »   Il s’aperçut que tous les objets émettaient des sortes de « sons », que le mur l’avertissait de sa présence.  Il différenciait l’ombre des arbres, chacune étant vivante et unique, celle d’un chêne se différenciait de celle d’un acacia. Il reconnaissait les objets, les choses et les êtres, par des sensations de « pressions » des différentes masses d’énergie, comme si on les touchait de loin. D’où cette affirmation essentielle: « Les choses ne sont pas hors de nous». Plus proche de nous dans le temps, Daniel Tammet est un savant autiste ayant le syndrome d’Asperger. Il décrit dans son livre « Je suis né un jour bleu », « le chevauchement des sens qui lui permet de visualiser les mots et les nombres, chacun se caractérisant par sa forme, sa couleur, son caractère ».

On peut comprendre le phénomène de la synesthésie quand on comprend que toutes les fréquences vibratoires semblables relient entre eux les planètes, les règnes, les couleurs, les sons, les mouvements et les sensations.

Ce phénomène est accessible à chacun d’entre nous car la vibration des couleurs peut être perçue de manière consciente par des récepteurs sensibles, plus ou moins nettement.  Avec de l’entraînement, ces récepteurs s’affirment et s’affinent et permettent une réception directe. Cela est uniquement une affaire d’attention. Il s’agit parfois de choses de l’ordre de l’impondérable par ce que la couleur n’est pas ce que l’on voit mais réellement ce que l’on sent.

Les couleurs agissent en nous de différentes manières, souvent plus que nous pouvons l’imaginer. A travers la peinture mais aussi à travers nos vêtements, l’intérieur de nos habitations, notre nourriture, etc. Les couleurs s’influencent mutuellement, leurs qualités ressortent ou s’atténuent selon leurs combinaisons.

Les couleurs sont en nous mais au fil du temps et de notre histoire, il peut se créer des déséquilibres. Certaines couleurs pâlissent ou foncent tandis que d’autres débordent ou disparaissent. La couleur produit en nous un effet particulier auquel se lie subtilement la mémoire affective de l’expérience que nous avons de cette couleur. C’est précisément là où l’art thérapie peut jouer un rôle non négligeable. C’est un moyen privilégier d’accéder à un travail des profondeurs.  L’art thérapie offre d’excellents outils pour se sensibiliser au monde vaste de la vibration des couleurs, à travers des exercices de visualisation, la peinture, le dessin mais aussi le toucher kinesthésique. Nous pouvons utiliser la couleur pour se recentrer, se ressourcer, se dynamiser,  se connaître et évoluer vers un mieux-être.

Agnès Perelmuter

Art-thérapeute

 

 

 

Bibliographie et sources :

– Liane Collot d’Herbois, « Lumières, couleurs et ténèbres ». Ed.  Anthroposophiques Romandes

– Johann Wolfgang von Goethe, « Théorie des couleurs ». Ed. Encyclopædia Universalis

Johannes Itten, « L’art de la couleur » . Ed. Dessain et Tolra/ Larousse

– Hélène Keller,  « Sourde, muette, aveugle, histoire de ma vie ». Ed. Petite Bibilithèqye Payot

– Daniel Tammet, «Je suis né un jour bleu» Ed. J’ai Lu.

– Jacques Lusseyran: «La lumière des les ténèbres», Ed Triades.

– Andrée Schlemmer, »Vivre mieux et guérir par les couleurs ». Ed. Albin Michel.

– William Berton, « Couleur énergie ». Ed. Colorscope.

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